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En route vers le far est

août 19, 2008

Toutes nos representations preconcues de la Roumanie rurale n’atteingnent pas a la cheville la realite que nous avons traversee, mais reprenons depuis le debut.

Quelques km apres Drobeta Turnu Severin nous commencons a nous aventurer dans la campagne roumaine. Petit choc culturel et surtout temporel lorsque nous nous rendons compte que nous sommes entrees dans le 19e siecle.

La voiture, cad la Dacia se fait rare voire inexistante, remplacee par la carriole a cheval ou ane conduits par des paysans a la mine sombre, au visage tanne et use par des annees de labeur et feutre gris. Ici tout se fait a la main, mais quand on vous dit a la main, on vous parle de champs de mais fauche a la faux, des tournesols a la faucille, le foin ratisse a la main et transporte a dos d’hommes ou d’ane, on vous parle d’eau puise au puits et meme au fin fond du salvador, ils avaient un systeme de remontee d’eau plus elabore.  Nous depassons sur des chemins poussiereux des files de gitans avec toutes leurs possessions entassees dans leurs carrioles recouvertes d’une toile blanche, comme ceux apercus partant vers l’Ouest a la ruee vers l’or. Les locaux a la mine patibulaire nous font accelerer la cadence, ainsi que les hordes de chiens errants, (plus proches du loup que du chien d’ailleurs) essayant de vous attraper le mollet au passage et a peine ralenties par les files d’oies, de moutons, de dindons ou de chevres menees par des petites vielles, ratatinees par l’age et le labeur habille de couleur sombre avec leur fichu sur la tete.

Ce furent 3 jours que l’ont peut qualifier sans exageration de douloureux. Une plaine a perte de vue ecrasee par un soleil a 45deg a vous faire craqueler le sol et battue par un vent brulant. Fou rire au bout du 200e kms On se serait cru dans un remake du Truman show: nous avions vraiment l’impression d’avancer sur un tapis roulant avec un enorme ventilateur de face et toujours les memes images et exactement les memes villages qui se deroulaient a l’infini.

Le premier soir on a atteri dans un camping qui de fait est une fondation cree par un poete contestaire Mircea Dinescu. Il nous a invite a camper dans un endroit des plus serein au bord du Danube avec un coucher de soleil a vous couper le souffle et on s’est joint a la compagnie de photographes qui logeaient a ce moment-la et qui nous ont invite a diner et a leur projection de photos. C’est la qu’on se rend compte de l’abime infini qui separe la societe roumaine.

La deuxieme nuit a ete plus mouvementee. Nous sommes arrivees titubantes de fatigue apres de nouveau quelques 120km, seulement egayees par l’arret dans une epicerie de village ou la tenante, apres qu’on lui ait demande ou nous pourrions acheter de la pasteque, nous l’a offerte ainsi que des pommes et du pain et voulait absolument nous marier a son fils. En effet, la coutume veut encore que l’on se marie a 13-14ans et refusait de nous croire lorsqu’on affirmait avoir plus de 18ans et ne pas etre mariees.

Petite parenthese sur les coutumes roumaines: on etait vendredi 15 aout et chaque villageois va offrir a son voisin, ami ou parent un plateau charge de fruits et patisserie.

Nous arrivons donc au seul camping dans un rayon de 200km en passant un pont en construction. Emotions fortes garanties: le passage sur 3 planches branlantes avec le velo charge. Nous avons ete trompees par le mot camping, qui apparemment en roumain veut aussi dire boite de nuit en plein air. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvees a attendre patiemment (ou pas) la fin de leur fete: 6h du matin. Et oui en effet si le roumain moyen n’a pas de quoi s’acheter un outillage un tout petit peu plus evolue pour cultiver son champ, l’investissement dans la sono la plus puissante du marche semble indispensable.

Nous revoila donc reparties a 8h livides de fatigue et saluant au passage l’enorme taureau aux longues cornes affilees qui, surement attire par le bruit, avait pendant la nuit elu domicile juste devant la tente. Apres qqs km de surplace dus toujours a ce vent brulant de face, nous decidons de changer de tactique. Arret a Corabia apres 70km de souffrance, recueillies par un contact Peace Corps Volunteer dont nous avons active le reseau. Jen nous sauve la vie en nous offrant un toit, une pasteque, une douche et un diner mexicain delicieux en compagnie de ses collegues roumains. Bonne nuit de 5h bien meritee avant de nous aventurer en train jusqu’a Constanta. En effet, la nouvelle strategie est de rallier Constanta par train et de la remonter le delta du Danube jusqu’a Tulcea en esperant qu’il y fasse un peu plus frais et que le paysage soit moins monotone.

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